Quand parle-t-on vraiment de visitation divine ?

26 février 2026

On ne sait jamais vraiment à quel moment la frontière s’efface entre le simple événement et la visitation. Pourtant, l’histoire de Marie et d’Élisabeth vient bousculer nos repères. Deux femmes, deux grossesses inattendues, et soudain, l’irruption du divin dans le quotidien. La Visitation, célébrée chaque année, commémore le geste simple et pourtant chargé de sens de Marie rendant visite à sa cousine Élisabeth. Celle-ci, déjà avancée en âge, attendait un enfant, Jean-Baptiste. Il sera celui qui annoncera, sans détour ni hésitation, la venue du Messie, celui dont les croyants attendent la lumière. Marie, elle, venait d’entendre l’annonce de l’archange Gabriel : elle porterait Jésus, celui que beaucoup appellent sauveur.

Ce passage, c’est l’évangile de Luc qui le rapporte, sans fioritures :

À cette époque, Marie se met en route, traverse la région montagneuse et rejoint une ville de Juda. Elle entre chez Zacharie et salue Élisabeth. À peine la salutation franchit-elle le seuil que quelque chose se passe : l’enfant d’Élisabeth tressaille, elle-même se sent traversée par l’Esprit Saint. Alors, elle s’écrie : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de ton sein est béni ! Comment ai-je ce privilège que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Dès l’instant où ta salutation a retenti à mes oreilles, l’enfant a bondi de joie dans mon ventre. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles du Seigneur. » (Lc 1, 39-45)

Ce n’est pas un simple échange de politesses. Les mots d’Élisabeth traversent les siècles, intégrés désormais à la prière du « Je vous salue Marie ».

Voici les paroles qui résonnent encore aujourd’hui dans la liturgie et au-delà :

  • Je vous salue Marie,
  • pleine de grâce,
  • le Seigneur est avec vous,
  • vous êtes bénie entre toutes les femmes,
  • et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
  • Sainte Marie, Mère de Dieu,
  • priez pour nous, pauvres pécheurs,
  • maintenant et à l’heure de notre mort.
  • Amen

La réponse de Marie ne tarde pas, et c’est le Magnificat qui s’élève, hymne de reconnaissance et de confiance. Ces mots, on les retrouve dans nombre de célébrations, mais aussi dans la voix de celles et ceux qui, parfois, cherchent à garder le cap :

  • Mon âme exalte le Seigneur,
  • mon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur !
  • Il s’est penché sur son humble servante ; désormais, toutes les générations me diront bienheureuse.
  • Le Puissant fit pour moi des merveilles, son nom est saint.
  • Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
  • Il déploie la force de son bras, il disperse les superbes.
  • Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.
  • Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.
  • Il relève Israël, son serviteur, il se souvient de sa miséricorde,
  • comme il l’avait promis à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais.

Dans cette séquence, la Visitation prend une dimension immédiate. L’Annonciation vient tout juste d’avoir lieu, et déjà, Marie porte en elle la promesse, la présence active de l’Esprit. Sa joie n’est pas silencieuse, elle rayonne, elle se transmet, jusqu’à faire tressaillir Jean dans le ventre d’Élisabeth. Jean, celui qui ouvrira la voie, qui préparera le terrain pour celui qui vient. Sans bruit mais sans doute non plus, la visitation divine n’a rien d’abstrait. Elle s’inscrit dans des gestes, des paroles, des visages croisés dans une maison de village.

Comme l’a rappelé Jean-Paul II, ce moment n’est pas figé dans le passé : « Dans le récit évangélique, la Visitation suit immédiatement l’Annonciation : la Sainte Vierge, qui porte en son sein le Fils conçu par l’action de l’Esprit Saint, rayonne autour d’elle la grâce et la joie spirituelle. C’est la présence de l’Esprit en elle qui apporte la joie à l’enfant d’Élisabeth, Jean, appelé à préparer la route pour le Fils de Dieu fait homme. »

Reste cette question, brûlante et jamais vraiment résolue : où, quand, comment perçoit-on la trace d’une visitation ? Parfois, il suffit d’une rencontre inattendue, d’une parole qui bouleverse, d’un regard qui réveille. L’essentiel, c’est peut-être d’y être attentif, car la visitation ne prévient pas, elle s’invite, et transforme à jamais le cours des jours ordinaires.

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