52 %. Voilà la part des achats de vêtements réalisés en France sur le marché de la seconde main en 2023. Pour la première fois, l’occasion dépasse les ventes en boutique traditionnelle. Et les moins de 30 ans tracent la voie, achetant deux fois plus d’articles d’occasion que leurs aînés.La vague ne s’arrête pas au vêtement : mobilier, électronique, jouets, tout y passe. Derrière ces chiffres, les écarts restent nets selon l’âge, le portefeuille ou la ville. Un nouveau visage de la consommation se dessine, plus nuancé qu’il n’y paraît.
La seconde main, une nouvelle habitude bien ancrée chez les Français
En un temps record, le marché de la seconde main s’est hissé au rang de réflexe chez la plupart des consommateurs français. Près de 81 % l’ont déjà adoptée, et sur la seule année passée, 64 % déclarent avoir fait au moins un achat d’occasion. Ce changement de cap ne se limite plus aux placards : livres, meubles, jouets, petit électroménager, la seconde main gagne du terrain sur tous les fronts. Les pratiques évoluent en profondeur.
Deux leviers expliquent cet engouement grandissant : l’attention portée au budget et l’envie d’agir pour la planète. Les familles, surtout celles dont les enfants ont moins de 15 ans, intègrent l’occasion dans leurs dépenses courantes, à hauteur de 74 %. Les plateformes spécialisées apportent leur lot d’opportunités, rendant la transaction d’occasion évidente, rapide, intuitive.
La vente de particulier à particulier, ou CtoC, tire le secteur vers le haut. Plus de liberté, davantage de choix, des prix qui dégringolent : la formule séduit. Près de 44 % des utilisateurs réalisent au moins une transaction de seconde main chaque mois. Sur une année, sept articles d’occasion terminent, en moyenne, leur course dans chaque foyer acheteur. L’économie circulaire gagne du terrain. Quand des agrégateurs recensent l’offre de multiples plateformes, chacun y gagne en simplicité et en efficacité pour accéder au reconditionné ou à la seconde main.
Qui sont vraiment les plus grands consommateurs de seconde main en France ?
Le constat est limpide : la jeunesse mène la danse. Qu’il s’agisse de la génération Z, championne des vêtements d’occasion, ou de la génération Y, les moins de 35 ans dopent la tendance. Entre 2016 et 2020, la part des 18-24 ans séduits par l’occasion a littéralement doublé, passant de 21 % à 42 %. Pour ces profils, acheter d’occasion répond à un style de vie, à la fois pour l’originalité, l’équilibre du budget ou encore la volonté de réduire l’empreinte de leurs achats.
Les familles poursuivent le mouvement : 74 % des foyers avec au moins un enfant de moins de 15 ans recourent régulièrement à l’occasion. Côté catégories, ce sont souvent les femmes qui dominent sur le segment des vêtements, jeux, jouets et ameublement, mais la diversité de l’offre a su rassembler tous types de consommateurs : électroménager, livres, électronique, il y en a pour chaque profil.
Pour mieux cerner ces usages, voici quelques grandes tendances selon différents types d’achats :
- Vêtements : le leader toutes catégories, adopté d’abord par les 18-34 ans
- Livres, meubles, jeux/jouets : une progression manifeste chez les familles et les foyers aisés
- Électronique et électroménager : des secteurs où hommes et familles attentives à leurs dépenses sont en plein essor
La seconde main, aujourd’hui, n’est plus un comportement marginal. Chaque génération, chaque foyer, chaque profil social s’en empare à sa façon. La société française compte désormais avec ce virage, bien au-delà des effets de mode.
Chiffres clés et tendances : ce que révèlent les dernières études
Difficile de nier la dynamique : le marché de la seconde main pèse désormais 7 milliards d’euros dans l’Hexagone et 105 milliards d’euros à l’échelle mondiale en 2023. Sa progression (environ 15 % de croissance annuelle) est nette. Dans la mode, le chiffre donne le vertige : 33 milliards d’euros dans le monde, avec une vitesse de développement huit fois supérieure à celle du neuf.
Les plateformes nationales structurent le secteur, dépassant parfois la barre des 20 millions d’utilisateurs. Certaines agrègent plusieurs offres pour optimiser l’expérience, favorisant au passage économies et réductions d’émissions polluantes. L’usage devient vertueux : matières premières, eau, émissions de CO2, les bénéfices environnementaux s’additionnent.
Pour avoir une vue d’ensemble, quelques données illustrent l’ampleur du phénomène :
- En 2020, 540 millions de vêtements d’occasion ont changé de mains sur le seul territoire français
- Chaque achat d’occasion réduit l’empreinte carbone par 17,4 et la consommation d’eau par 70, selon l’ADEME
- Près de 44 % des acheteurs concrétisent une opération chaque mois
L’argument environnemental occupe d’ailleurs une place de plus en plus grande. Novascope ou l’Institut Français de la Mode confirment cette lame de fond : la durabilité s’installe dans les esprits, au-delà des statistiques. La société évolue, pas à pas, à mesure que la notion d’impact fait son chemin.
Vers une consommation plus responsable : pourquoi s’y mettre (vraiment) ?
Avec la flambée des prix, l’attrait pour la seconde main se joue d’abord sur le plan du pouvoir d’achat. Mais l’impulsion ne s’arrête pas là : chaque pièce acquise en occasion signifie un impact environnemental minime. Un vêtement, par exemple, consommera 17,4 fois moins de CO2 et 70 fois moins d’eau qu’en neuf, selon l’ADEME. L’économie circulaire s’ancre, concrètement, dans les pratiques d’achat.
L’accès toujours plus simple à ces produits, via les plateformes dédiées et les agrégateurs, a accéléré le mouvement. Crise sanitaire, inflation, alerte sur les dérives écologiques : tout concourt à faire bouger les lignes. La fast-fashion, elle, voit son modèle contesté, autant sur le plan écologique que pour les conditions de production sous-jacentes.
Voici quelques évolutions qui dessinent cette consommation renouvelée :
- L’avantage financier reste la motivation phare, mais le critère environnemental ne cesse de progresser
- Le soutien public monte d’un cran : le plan France Relance encourage l’économie circulaire et une législation spécifique se prépare contre l’ultra fast-fashion
- L’étiquette environnementale fait son apparition sur les vêtements pour orienter et sensibiliser les acheteurs
La seconde main, désormais, s’inscrit dans une logique globale : comparer, demander de la transparence, réfléchir à l’utilité réelle de chaque achat. C’est une mutation dans les mentalités. Avec le renforcement du soutien public, dont 1,4 milliard d’euros flèchés vers l’ADEME, ce mouvement trouve l’appui nécessaire pour durer. Reste à ce que ces nouveaux réflexes s’ancrent pour de bon, sans tomber dans les excès, y compris quand il s’agit d’occasion.
À chaque transaction, un message. Refuser la routine du neuf, s’éloigner des pratiques d’hier. Combien iront jusqu’à faire de cette habitude la norme, et jusqu’où cette lame de fond portera la société française ? Le compte à rebours est lancé, mais personne ne sait encore où il s’arrêtera.


