Un fait surprenant : l’écrasante majorité des investisseurs débutants confondent allègrement le marché monétaire et le marché financier. Pourtant, derrière ces deux termes se cachent des réalités bien distinctes, aux enjeux parfois opposés. Plutôt que de plonger dans la théorie pure, mettons-nous une bonne fois pour toutes les idées au clair.
Notre objectif ici : clarifier ces notions, en partant des fondamentaux. Pour cela, il faut d’abord poser des bases solides. Deux mots-clés pour commencer : action et obligation. Les secousses des marchés et les risques associés viendront dans un prochain épisode. Pour le moment, restons sur une seule piste à la fois.
Commençons par l’action. Il s’agit d’un titre qui représente une fraction du capital d’une entreprise, quelle que soit sa forme. Devenir actionnaire, c’est posséder un morceau de cette société, ni plus ni moins. Votre part, aussi minime soit-elle, fait de vous un véritable copropriétaire.
L’obligation, c’est une tout autre logique. Ici, on parle d’un titre de créance, à revenu fixe : en pratique, vous prêtez de l’argent à une entreprise, une collectivité locale ou un État, sur une période définie. En échange, l’émetteur vous verse des intérêts à intervalles réguliers, puis rembourse la somme à la date convenue. Un porteur d’obligation n’a donc pas la main sur l’émetteur, il se place simplement en créancier.
Autrefois, ces titres existaient en version papier. On rangeait alors, avec précaution, action ou obligation dans un tiroir : preuve matérielle de son investissement. Aujourd’hui, tout s’est dématérialisé, l’enregistrement électronique a remplacé le papier, mais la légitimité du droit n’a pas bougé d’un iota.
Un point commun rapproche les deux instruments : actions et obligations se prêtent aisément à l’achat et à la revente sur les marchés financiers. Ces marchés, physiques ou virtuels, brassent une énorme diversité de produits, du plus accessible au plus sophistiqué. Certains échangent des actions et des obligations ; d’autres vont jusqu’à manipuler des dérivés, d’une technicité qui laisse même les aguerris parfois perplexes.
Les Bourses mondiales affichent des noms prestigieux : New York, Londres, Tokyo, Francfort, Paris… Quasiment chaque pays possède la sienne. On peut y vendre ou acquérir des titres à tout moment, au prix du jour fixé par le marché. Cela dit, ni l’action, ni l’obligation, n’a de valeur gravée dans le marbre : tout varie selon des paramètres économiques, politiques, parfois imprévisibles.
Voilà pourquoi on parle de liquidité : il reste en principe facile de céder ou d’acheter ces titres, du moment qu’il existe une contrepartie.
Le grand public l’ignore souvent : tout cet univers est étroitement surveillé et encadré, afin de limiter les abus et de protéger les acteurs. Les règles sont denses, parfois ardues à décrypter, et le sujet mériterait un dossier entier à lui seul.
Avant d’aller plus loin, mettons l’accent sur les principales ressources qui permettent de mieux saisir toutes les nuances évoquées plus haut : guides pédagogiques, dossiers spécialisés, webinaires grand public… chacun peut enrichir son bagage à son rythme.
Qu’est-ce qui distingue fondamentalement une action d’une obligation ?
Cinq grandes différences méritent d’être soulignées :
- À travers le prisme du droit : propriété ou dette
Détenir une action, c’est détenir une part de la société : droit de vote, parole lors des assemblées, influence potentielle sur la stratégie globale. Certes, un petit actionnaire isolé pèse peu, mais des regroupements d’intérêts peuvent changer la donne, comme dans le jeu politique où la minorité dynamique finit par compter.
Pour les obligations, c’est limpide : le détenteur ne vote pas, ne décide de rien en interne. Ce qui l’intéresse, c’est de récupérer son prêt, intérêts compris, à la date prévue. En cas de défaillance, il arrive que le remboursement ne soit fait qu’en partie, voire pas du tout.
De façon imagée : le propriétaire du logement décide des travaux, le locataire paie selon contrat et attend l’échéance de sortie. L’attitude, la marge de manœuvre et le rapport au risque n’ont rien de comparable.
- La façon de compter : unité ou valeur nominale
- L’obligation affiche une valeur fixe en monnaie, 1 000 euros, dollars ou autres. L’émetteur s’engage à rembourser cette somme, intérêts compris, à la fin du jeu.
- L’action, de son côté, représente toujours une unité du capital. Mais jamais la société ne promet de racheter ces actions par principe.
- Les variations : stabilité d’un côté, dynamisme de l’autre
- La valeur d’une obligation évolue avec les taux d’intérêt, la solidité de l’émetteur ou la durée.
- Côté action, le climat général, les résultats, la confiance collective, tout compte. Les soubresauts y sont plus fréquents, la spéculation et l’émotion pouvant faire basculer la valeur d’un jour à l’autre.
- Pour ce qui est du risque : créancier d’abord remboursé, mais gare aux pertes
En théorie, si une entreprise fait faillite, ce sont d’abord les créanciers qui passent à la caisse, avant les actionnaires. Mais si les caisses sont vides, tout le monde trinque, obligataires comme actionnaires, chacun à sa manière.
Un élément clé : la note de crédit délivrée par les agences spécialisées. Les dettes d’État, mieux notées, restent plus sûres puisque les États font rarement défaut. Mais la mémoire collective retient aussi que certaines obligations publiques sont tombées, notamment lors de la crise grecque. Les entreprises, quant à elles, doivent souvent promettre des taux d’intérêt plus élevés pour attirer les investisseurs quand la confiance fait défaut.
- Enfin, la question du rendement : le long terme sourit à l’action
Sur plusieurs décennies, les actions ont tendance à générer des performances bien supérieures à celles des obligations. Pour schématiser : autour de 7 % par an contre 3 % en moyenne, hors fiscalité et inflation, pour des portefeuilles larges et diversifiés.
Détail non négligeable : l’obligation verse des intérêts alors que l’action peut rapporter sous forme de dividendes ou de plus-values, selon le parcours de l’entreprise.
Jean Dupriez, LL.L., DAE., planificateur financier et membre de l’Association des MBA du Québec, a publié deux ouvrages sur la gestion de patrimoine et intervient régulièrement sur son blog Sureconseiller.ca. Naviguer entre marchés monétaires et marchés financiers, c’est accepter une part d’incertitude : la seule certitude, c’est que la règle du jeu peut changer du jour au lendemain. Qui saura s’adapter ?


