Quelle puissance en watt choisir pour sa cigarette électronique ?

25 février 2026

moustache fine avec le Clark Gable et les lunettes rondes Geek est devenue un phénomène viral, Marc Rebillet. Pour cela, une méthode qui n’est même pas une : multiplier les vidéos sur YouTube, où il peut être vu en direct de son appartement à New York, radio, pop, musique électronique ou rap au moyen du bord. Rencontrez l’autre joker de Gotham. La

Article de la Supplément Society of Trans Musicales 2019, écrit par David Alexander Cassan la même année.

À 31 ans, Marc Rebillet compte déjà plus de 700 000 fans sur Facebook. Il vient tout juste de poser ses valises dans un spacieux appartement sur Mott Street, en plein Manhattan. « Je viens de m’installer ici », raconte-t-il, un verre de jus d’orange pressée à la main. « C’était un vieux rêve de gosse, parfaitement futile et assumé ! » Mott Street, c’est Nolita, un quartier qui n’existait pas sur les plans officiels avant les années 90, façonné par la spéculation immobilière et l’ambition des promoteurs. Accoudé à la terrasse du Café Gitane, chaussures en cuir impeccables mais sans chaussettes, Marc déroule le fil de son enfance passée dans le New Jersey, évoque l’Hudson, les années Brooklyn de l’autre côté de l’East River. « Manhattan est le centre de l’univers ! Tant que je peux me le permettre, j’y reste. » Moustache soignée, monture de lunettes discrète, il oscille entre la décontraction d’un pote et l’énergie contagieuse d’un showman, que ce soit devant un verre ou derrière son clavier, micro, looper et MacBook. C’est ce cocktail qui l’a propulsé au centre de la scène.

Cigarette, télégramme et piano L’histoire de Marc débute loin d’ici, en 1969. Susan, originaire de Caroline du Sud, débarque en Europe avec ses copines. Sur la place de l’Opéra à Paris, elle demande une cigarette à un inconnu, qui réplique comme dans un mauvais film français : « Je t’en donne une si tu dînes avec moi. » Gilbert Rebillet. Plus tard, leur fils racontera cette rencontre comme un conte de fées un peu trash : « Ils dînent, déambulent dans Paris, il la sérénade, baiser sur les bords de Seine, tout le kit romantique. Quand elle quitte Paris, elle reçoit un télégramme « Je te manque » (en français dans le texte), elle revient et ils se marient l’année suivante. » Direction Dallas. Il faudra dix-huit ans pour que Marc pointe le bout de son nez, dans une famille où l’enfance rime avec bonheur. À trois ans, il déménage à Englewood, New Jersey, dans une grande maison victorienne. Gilbert, qui a travaillé chez Pierre Cardin, dirige Escada, une marque de prêt-à-porter de luxe. Susan a un doctorat en psychologie. Marc, lui, plonge dans le piano et, très vite, le théâtre.

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Malgré tout, Marc tente de nourrir ses rêves à la célèbre Manhattan School of Music. Un hic cependant : « J’adorais le résultat, mais répéter me sortait par les yeux », reconnaît-il. Il fallait que ses parents insistent. Heureusement, Susan, la maman du Sud, initie son fils à la soul : Temptations, Ray Charles, Four Tops… Gilbert, lui, l’embarque dans l’univers de Trenet, Brel ou Brassens, et improvise des airs d’opéra que Marc essaie d’imiter sur la terrasse, à Mott Street. Chez les Rebillet, on parle anglais, parfois français, et on traverse l’Atlantique pour rejoindre la famille à Paris, Aix-en-Provence ou Aix-les-Bains. À 13 ans, retour à Dallas, dans la banlieue verdoyante de Greenway Parks. Adolescent mince mais extraverti, il tombe dans la marmite du rock : Green Day, Nirvana, Slipknot, Marilyn Manson. L’ambiance se fait plus sombre. « J’ai traversé une sale période, sans pathos, glisse Marc. À cause d’une fille, ou d’un truc flou qui vous tombe dessus à l’adolescence, quand les hormones dictent la loi. Mais je m’en suis sorti vite ! » Grâce à un ami fidèle, à Internet, et à quelques virées sous influence.

En haut à Dallas, en bas et en dehors à Paris

« Ce qui frappait chez Marc, c’était sa voix qui portait, et ce côté opiniâtre, alors qu’il n’avait pas du tout le physique imposant à l’époque. » Frederick Whinery, son meilleur pote, se souvient de leur collaboration dans la section théâtre du lycée Booker T. Washington à Dallas. À l’époque, Marc se faisait appeler Michael. Les deux garçons enchaînent les discussions sans fin sur la musique, le cinéma, et trouvent dans la route un remède à la morosité. « On téléchargeait de la musique, on gravait des CD, puis on roulait dans Dallas en écoutant nos trouvailles, parfois défoncés… Ça change tout, la musique devient presque physique. »

Leur curiosité déborde : Marc s’abonne à Rhapsody (l’ancêtre de Spotify), explore les suggestions iTunes, Michael déniche les perles du hip-hop sur les blogs. Les playlists s’empilent dans la Mercedes décapotable de Marc. Madlib, Quasimoto, Jay Dilla, Flying Lotus, Little Dragon… Marc s’inscrit à la SMU de Dallas pour réaliser son rêve d’enfant : devenir acteur. « Et puis, tout s’est brouillé », confie-t-il. Il se sent à côté de la plaque, culpabilise à l’idée de coûter 40 000 dollars par an à ses parents. Il arrête, bosse dans un cinéma, s’équipe d’un petit home studio et se lance dans la production musicale, histoire de donner vie à tous les sons accumulés au fil des ans.

Le parcours est fait de détours : des cours de jazz, des petits boulots, un projet solo baptisé Leae, un album concept Pod 314 avec Frederick, disponible sur SoundCloud. Marc compose, Frederick récite un long poème de science-fiction, l’histoire d’un voyage sur Mars où l’humanité se rêve sauveuse. En 2011, Marc quitte Dallas et tente l’aventure parisienne. Il tient un blog, publie des débuts de morceaux, des mèmes, des instantanés de sa vie. « Une année atroce », dira-t-il en riant. Il vit dans neuf mètres carrés à Passy, survit en servant au breakfast d’un restaurant du Marais, harassé par la clientèle. « J’avais l’impression de me perdre, même en parlant français, je n’arrivais pas à exprimer tout ce que j’avais en tête. »

L’ancien capitaine du XV de France Yoann Maestri, assis non loin de là, intervient : « On peut parler la langue, mais on ne traduit jamais 100% de sa personnalité. » Marc ne l’a pas reconnu, mais savoure la diversité humaine du quartier. Après Paris, retour à New York. Loin des célébrités comme Gabriel Byrne ou John Legend, son voisin de Nolita, il s’installe d’abord à Bushwick, Brooklyn, en colocation avec Frederick et d’autres dans un loft retapé. Il décroche un poste de manager adjoint, compose des beats sans grand écho, sort un premier EP avec Leae, Rattlebrain. Frederick note que c’est à New York que Marc se met au sport et adopte une alimentation plus saine.

leae · Rattlebrain EP « Le plus déterminé Bâtard » Puis, coup dur : le diagnostic de la maladie d’Alzheimer tombe pour son père Gilbert. Marc rentre à Dallas en 2014. « J’ai aidé ma mère pendant quatre ans, je passais voir mon père tous les jours à la maison de retraite. À côté, je bossais comme serveur à la Brain Dead Brewery, et j’ai acheté un looper RC-505. Un outil génial avec lequel je me suis amusé. » Il tente un virage professionnel en passant son permis d’agent immobilier, mais l’expérience tourne court : « J’ai détesté ça, vraiment. » Il finit par dénicher un emploi chez Kalkomey, une boîte qui gère les permis de chasse et d’embarcation à travers toute l’Amérique du Nord.

Ses journées débutent à 17h, il se retrouve souvent seul au bureau jusqu’à minuit. « Je n’ai jamais chassé de ma vie, c’était surréaliste. Je recevais cinquante appels par soir, souvent pour réinitialiser des mots de passe… Je regardais des films, buvais de la bière, fumais. J’ai même embauché Michael, et on s’est retrouvés à jouer à la Playstation pendant le service. Tiger Woods PGA Tour, le golf virtuel, c’est parfait pour décompresser entre deux appels ! » Frederick complète le tableau : « On a même fait du sport en sous-vêtements… tellement détendus qu’on prévenait le chef avant son retour ! » Marc lève son verre de blanc et remercie ce job décalé : c’est là qu’il a posté ses premières vidéos YouTube, en peignoir, à discuter avec sa communauté depuis son salon improvisé en studio.

Quand Kalkomey transfère son service client au Canada, Marc retourne à la Brain Dead Brewery et commence à jouer en live avec son looper. « C’était encore bancal, mais c’est l’embryon du show que je fais aujourd’hui », explique-t-il. Premier concert rémunéré : certains clients s’étouffent presque sur leur burger tant le spectacle est déjanté, Marc y improvise un morceau sur le fait de « sucer son animal de compagnie ». Sam, le patron, laisse faire, appréciant l’humour trash. Il programme Marc chaque dimanche, puis dans deux autres bars le jeudi et le vendredi. La formule prend forme, et Frederick observe la scène avec une certaine fierté : « Le voir jouer, c’est comme nos vieux freestyles, sauf que là je ne peux pas l’interrompre pendant 90 minutes. » Août 2018, Gilbert, le père, s’éteint. Porté par cet héritage, Marc retourne à New York, écume les bars de Brooklyn, fédère des milliers de fans sur Facebook et YouTube. Rapidement, il commence à publier ses vidéos sur Facebook en parallèle de YouTube. Le compteur explose : « D’un seul coup, les vues sont passées de 1000 à 20 000, 50 000, 100 000 ! Des concerts partout, des agents me contactent. »

La machine est lancée : on réserve désormais Marc Rebillet partout aux États-Unis, puis à l’étranger, pour assister à ses shows imprévisibles où le pianiste, le comique, l’acteur, l’amoureux de musique et le saltimbanque fusionnent sans filet. Pas de répétitions, mais une énergie qui le pousse à s’installer à Mott Street moins d’un an plus tard, et à s’imposer comme un véritable OVNI du live. Quant à Frederick Whinery, il fait ses armes au Granada Theater à Dallas, d’abord à la sécurité, puis à l’accueil des artistes. « J’espérais apprendre le métier ici pour devenir manager de tournée de Marc. Mais tout est allé trop vite, il bosse désormais avec des pros. Je suis juste fier de lui, et excité par tout ce qui lui arrive. » Tous deux fêteront ensemble le passage à 2020 lors d’un show de Marc devant 1000 personnes au Granada.

Devant le Café Gitane, une jeune femme rousse en blazer gris s’approche pour une photo. « Je fais aussi de la musique, du hip-hop. Ma copine va halluciner en voyant ça », rigole son compagnon. « Vous habitez ici ? Je vends beaucoup de biens dans le quartier, on se retrouve sur Instagram ! » L’exposition quotidienne, la visibilité numérique, tout ce public qui veut une photo ou un autographe, ça le pèse ? Pas vraiment. « J’ai entendu Casey Neistat dans un podcast se plaindre de ne plus pouvoir sortir dîner parce qu’on le reconnaissait. J’ai plus de doutes qu’avant : combien de temps ça va durer ? Est-ce que tout ça a un sens ? Mais si tu te mets en avant, tu prends aussi la responsabilité de répondre aux gens. Ce gars a fait 800 vidéos sur lui-même et il se plaint d’avoir des fans ? Franchement… C’est le jeu ! » Gilbert peut sourire, là où il est.

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